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O toi ! page blanche
Voilà, tu es là, au milieu de l'atelier
Éclatante de pureté
Inquiétante de blancheur
Blanche comme la peur
Bien sûr que j'ai peur
Que me diras-tu au premier jet de couleur
Frémissante aux caresses de mon pinceau
Et à l'aquarelle qui joue sur ta peau
Je t'examine, te devine, ô page blanche
J'observe ta chimie inattendue, étonnante
Tu t'empares de moi, me révèles, m'exhibes
Tu racontes tout, dans tes moindres rides
Mes pensées intimes, mes impressions
Mes phantasmes, mes fabulations
Tu m'effeuilles sans pudeur
Tu mets à nu, ma peur
Puis, je te cache, t'enferme
Je te déteste ou je t'aime
Je te rejette ou t'incorpore
C'est moi qui tiens ton sort
Demain, bien tendue, bien vitrée
Tu accueilleras tes invités
Mois aussi je serai là
Heureuse et affolée à la fois...
(Pierrette Labonté)
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